VIN & SOCIETE
Aurélie Soubiran, Les Terroiristes (Ou Le Clan De Très Cantous), Éditions de l’Épure
Clan claque. Comme clique, comme clash. Il faut entendre: enraciné, têtu, sauvage. Et il faut y voir la force du nombre, la solidité d’une équipe et l’amplitude d’un terroir façonné par les vignes d’une famille légendaire. Horde, tribu, on cherche dans les synonymes les promesses d’une histoire, on nous propose « Les Terroiristes », il fallait oser. C’est un peu plus qu’une saga familiale, Aurélie Soubiran a consacré cinq ans à ce projet: recueillir la mémoire parfois aride de plusieurs générations d’une famille de vignerons de Gaillac, emblématique du vin qu’on appelle aujourd’hui « nature » : la famille Plageoles. Et cette histoire tisse des écheveaux multiples car on navigue depuis les années 40 à nos jours entre engagement politique, rivalité familiale et transmission. Une épopée dans laquelle Aurélie Soubiran livre aussi son journal de bord, celui qui accompagne ses reportages dans le sud-ouest, celui qui borne sa vie de jeune mère et d’entrepreneuse, faisant de ce livre jalonné de photos, répertoire, note manuscrite, arbre généalogique, cartographie, un documentaire passionnant jamais figé. (Julie Konieczny)


MUSIQUE
Cédric Barré, Jean-Louis Murat – Le Moujik Et Sa Femme, Éditions Densité – Collection Discogonie
L’emblématique collection Discogonie des Éditions Densité pose un regard sur « l’album rouge » paru en 2002 de Jean-Louis Murat, l’auvergnat disparu brutalement en 2023. Sous la plume loyale de Cédric Barré, c’est une genèse à part qui se révèle, tant par sa conception (prises live, retour aux basiques) que par son contexte (l’après 11 septembre, la télé-réalité, le F.N. au second tour) et c’est aussi un opus relativement mal accompagné à sa sortie mais devenu finalement incontournable dans la discographie passionnante du fermier aux yeux foudroyants. Et puis toute la subtile force de Murat, tantôt venimeux, tantôt vulnérable, son regard implacable sur l’époque et son romantisme cryptique ou littéraire se trouvent condensés par ce récit … et de nous rappeler combien il manque dans le paysage poli que laisse désormais s’étendre ce qu’il reste d’une industrie musicale prévisible aux coups d’éclats bien balisés. (Julie Konieczny)
À noter les autres publications récentes chez Discogonie :
Grégory Salle, Public Enemy – It Takes a Nation of Millions to Hold us Back
Christophe Schenk, Tindersticks – The Second Album
Le j. de Bob et Christophe Debouit, Pixies – Doolittle

CINEMA
Mariangela Perilli, Le Prof De Philo Fait Son Cinéma, Éditions Lettmotif
Peut-être indispensable si vous avez l’opportunité – notez, je vous prie, l’impartialité du terme – de passer vos vacances en compagnie du spécimen qui tient lieu d’objet d’étude, j’ai nommé la figure emblématique du professeur de philosophie. L’exercice auquel s’est livré la professeure Mariangela Perilli pour l’éditeur spécialisé en cinéma, Lettmotiv, a des allures aussi labyrinthiques que bien balisés : iconographie (clichés ?) puis typologie appliquée à l’image et enfin un incontournable chapitre consacré à une comparaison des genres (masculin, féminin, je veux dire). Au programme de la filmographie soigneusement disséquée, on compte vingt-deux films ou séries entre 1969 et 2022, des évidences et des grands écarts (Rohmer, Brisseau, Téchiné, Bonitzer, Desplechin ou Schulmann avec P.R.O.F.S) mais aussi des curiosités et la nouvelle génération (Raphaël Real, Mia Hansen-Løve). On nourrit surtout l’envie d’en voir ou d’en revoir, pour vérifier ou déborder les théories, en compagnie de notre professeur de philosophie de chair, d’os et de concepts en vacances – si vous avez l’opportunité (…). (Julie Konieczny)

